AVERTISSEMENT AUX JOUEURS
Cette page contient les vérités cachées de la campagne. Sa lecture est strictement réservée au maître de jeu. Si vous incarnez un personnage, refermez ces archives : les secrets d’Azuria perdraient une part de leur pouvoir s’ils étaient révélés avant l’heure. Mais bon, si vous êtes curieux, qui peut vous en empêcher ? 😉
Dossier VII — La Parole Souveraine
À l’attention des Révérendes Mères de la Parfaite Lumière.
Conformément aux instructions reçues, je consigne ici les faits que la Compagnie de la Lune d’Argent, et quelques autres personnages qu'il convient de ne point citer ici, ignorent, soupçonnent ou refusent encore d’admettre. Ces rapports ne sont ni des jugements ni des prophéties : seulement les observations d’une guérisseuse qui a trop longtemps trempé ses mains dans les conséquences de la guerre.
Que nulle Sœur ne lise ces pages par curiosité. Que nul nom ne soit révélé sans nécessité. Certaines vérités protègent le Royaume ; d’autres pourraient le précipiter dans les ténèbres d'un monde qui ne fait que dormir.
Sœur Aélis de Blanche-Rive, dite « Main-de-Cendre »
NATURE DU MAL
La Nékroze n’est vraisemblablement ni une simple maladie ni une armée conduite par un esprit unique. Elle se comporte comme un réseau mycorhizien enfoui sous le monde : chaque être contaminé devient un nouveau filament, chaque volonté conquise une nouvelle faculté de perception. Plus elle relie de créatures intelligentes, plus sa conscience globale apprend, prévoit et ruse.
PROGRESSION DE LA CORRUPTION
Ses premiers effets sont presque indiscernables des faiblesses ordinaires. Une lâcheté que l’on se pardonne. Une petite trahison commise pour une raison excellente. Une cruauté jugée nécessaire. Puis les perfidies deviennent habitudes, les habitudes deviennent besoins, et le malade finit par être entièrement possédé par la Faim et la Soif. Son sombre cursus s’achève lorsqu’il dévore un proche tout entier.
LIMITES DE NOS MOYENS
La Communion d’Acier reconnaît l’appartenance d’un Chevalier à sa fraternité ; elle ne reconnaît pas sa moralité. Un Chevalier rongé par la Nékroze demeure perceptible comme l’un des leurs. C’est pourquoi une fratrie aussi soudée peut, trop longtemps, abriter la corruption d'un frère, d'une soeur, sans la voir.
CE QU’ELLE CHERCHE
Le Réseau veut avant tout survivre. Pour réussir, il veut s’étendre, comprendre et rendre toute résistance assimilable. La Communion d’Acier l’intéresse parce qu’elle relie sans asservir. Siegfried von Totten l’intéresse davantage encore : quelque chose en lui refuse la Nékroze, et celle-ci commence à soupçonner l’existence de cette anomalie.
CONSIGNE DE L’ORDRE
Ne jamais condamner sur un simple changement d’humeur. Observer les renoncements successifs, protéger les proches, recouper les témoignages et isoler sans humilier. La Nékroze prospère autant sur la méfiance qu’elle inspire que sur les corps qu’elle conquiert.
CONCLUSION PROVISOIRE
Le Chevalier-Capitaine Siegfried von Totten n’est pas Nékrozé. De celà au moins, je me crois certaine. Je précise que nul sentiment ne vient troubler mon jugement.
Je l’écris toutefois avec toute la prudence qu’impose une affirmation aussi assurée. Son corps porte des altérations profondes, son sang ne se comporte pas comme celui d’un Chevalier d'Azuria "ordinaire", si ce mot à un sens.
Quelque chose, derrière son regard, évoque parfois moins un vétéran qu’un prédateur. Pourtant, je n’ai observé chez lui aucun des premiers signes de la Nékroze que je ne connais maintenant que trop bien : ni la lente érosion des scrupules, ni les petites perfidies que le malade apprend à se pardonner, ni cette Faim qui finit par remplacer toute autre volonté.
La Communion d’Acier le reconnaît toujours comme l’un des siens. Elle atteste son appartenance, non son innocence ; mais, dans son cas, les deux semblent toujours se confondre et plus important à mes yeux : il y a toujours de la mansuétude en lui.
ORIGINE DU SUJET
Siegfried était déjà Apprenti lorsqu’il disparait. Il accomplissait cette année de liberté durant laquelle l’Académie abandonne ses enfants devenus adultes aux merveilles, aux plaisirs et aux pièges du monde, avant leur retour pour l’adoubement.
Loin du Royaume, il fut capturé par des Elfes Noirs... dont vous verrez plus loin que c'est plus compliqué qu'il n'y parait là aussi.
La famille responsable de cet enlèvement poursuivait un objectif précis : créer un être capable de résister à la Nékroze. Les procédés employés demeurent inconnus. Les quelques indices recueillis évoquent des expériences où la magie du sang, la mutation des chairs et des rites très anciens furent employés sans la moindre considération pour les sujets.
Il y a eut des échecs. Beaucoup. Jamais trop. Et comme ses êtres savent si bien le dire : " trop n'est jamais assez".
Dans leurs abominables laboratoirs-prisons, des créatures moururent avant même de pouvoir hurler, des survivants trop déformés pour conserver leur raison, des semi-réussites que leurs maîtres jugèrent inutiles et, peut-être, quelques erreurs encore vivantes dont nous ignorons tout.
Puis il y eut Siegfried.
NATURE DE LA TRANSFORMATION
Ceux que je ne nommerai qu'Elfes Noirs, firent de lui une forme de mutant vampirique : encore assez humain pour vivre parmi les siens, mais plus fort, plus résistant et certes, soumis à une soif de sang qu’il doit continuellement maîtriser, mais non-contraint à la vie nocturne de ces monstres buveurs de sang.c
Je l'ai mainte fois constaté, cette soif n’abolit pas sa raison. Elle la met à l’épreuve.
Elle devient plus intense lorsqu’il est grièvement blessé, lorsqu’il se trouve exposé à du sang frais et pur, et lorsque la Lune est entièrement cachée par l’Ombre. Durant ces nuits, chaque odeur, chaque pulsation et chaque blessure ouverte deviennent pour lui ce qu’un grand cru serait pour un gourmet mourant de soif.
Jusqu’à présent, sa discipline l’a toujours emporté.
Ses années à l’Académie, la Communion d’Acier et les neuf vertus chevaleresques n’ont pas été détruites par sa transformation. Elles sont devenues les barreaux d'une cage pour sa folie dont lui seul détient les clés et qu’il referme chaque jour sur la bête qui ne manque jamais d'en tester la solidité.
SIGNES OBSERVABLES
Son apparente jeunesse ne correspond pas au nombre d’années de guerre qu’il a traversées. Son teint est anormalement pâle, même pour un homme du Nord. Ses yeux noisette prennent parfois des reflets d’or rouge. Ses blessures éveillent en lui une attention trop vive pour le sang versé, qu’il dissimule aussitôt derrière les gestes précis du chef de guerre et du chevalier d'azuria maîtrisant les sorts de soins.
Syldélia de Montfercy a compris qu’il n’était pas tout à fait humain. Elle ne possède pas encore la vérité, mais son instinct la conduit dangereusement près d’elle.
Je crois que la plus proche de la vérité est la Duchesse. Voilà sans doute pourquoi elle l'a envoyé veiller au loin.
Quant à son héraldique, elle parle pour lui : le Dragon Noir sous une lune menacée par l’ombre ; elle ressemble désormais moins à un symbole choisi qu’à un aveu involontaire.
LA RÉUSSITE DES ELFES NOIRS
Siegfried est leur unique réussite connue à ce jour.
La famille qui l’a créé voit en lui la promesse d’un prestige immense et d’un avantage décisif dans la guerre. Elle ne souhaite pas simplement sa mort : elle veut récupérer son prototype, comprendre pourquoi lui seul a survécu et reproduire l’expérience.
Siegfried, pour sa part, préfère ne pas retourner sur les planches des laboratoires.
Trois décennies de batailles, la célébrité de la Compagnie de la Lune d’Argent et les regards de plus en plus nombreux posés sur lui rendent ce souhait chaque jour plus difficile à tenir. Si ses anciens maîtres retrouvent sa trace, ils enverront vraisemblablement d’abord des agents capables de le capturer. Ceux qui viendront ensuite seront moins délicats.
RAPPORT AVEC LA NÉKROZE
L’objectif des expériences elfes noires a été atteint au-delà de leurs espérances : Siegfried résiste à la Nékroze.
Sa présence semble constituer une rupture dans le Réseau, un être que le mal peut observer, blesser et tenter, mais qu’il ne parvient pas à relier à lui. Face à une conscience qui s’étend en absorbant les facultés des créatures intelligentes, cette impossibilité représente une énigme — et peut-être une menace.
La Nékroze commence à soupçonner l’existence de cette anomalie.
Plus elle deviendra intelligente, moins Siegfried pourra se dissimuler derrière le fracas ordinaire de la guerre. Un jour, elle cherchera à comprendre ce qu’il est. Puis elle cherchera à le corrompre, à le capturer ou à le détruire.
RECOMMANDATIONS À L’ORDRE
Ne pas l’accuser. Ne pas provoquer sa soif pour vérifier cette hypothèse. Ne pas révéler sa nature au Régent, à l’Inquisition ou au Collège des Onze Étoiles sans nécessité absolue.
Le surveiller, certainement. Le protéger, probablement.
Siegfried von Totten est dangereux. Mais le danger qu’il représente reste gouverné par sa volonté, sa discipline et son attachement aux siens. Entre les mains de l’Inquisition, il deviendrait un bûcher. Entre celles du Collège, un sujet d’étude. Rendu aux Elfes Noirs, il deviendrait le père involontaire d’une armée.
Au sein de la Lune d’Argent, il demeure un Chevalier.
Sœur Aélis de Blanche-Rive, dite « Main-de-Cendre »
VÉRITÉS RÉSERVÉES AU MAÎTRE DE JEU
Aélis ignore encore jusqu’où s’étend cette résistance. Siegfried lui-même ne peut que l’espérer.
La vérité est plus extraordinaire : il est totalement immunisé contre la Nékroze.
Cette immunité ne le protège ni de la souffrance, ni de sa soif, ni de ses propres choix. Elle signifie seulement que la Nékroze ne pourra jamais faire de lui l’un de ses filaments. C’est précisément pour cette raison qu’elle finira par reconnaître en lui quelque chose qu’elle n’avait jamais rencontré auparavant : un homme qu’elle ne peut pas dévorer de l’intérieur.
Des Elfes Noirs ?
Ces fameux Elfes Noirs n'en sont pas. Ou plutôt, ils sont leurs ancêtres. Ce sont des Melnibonnéens. Tous à bord de leurs immenses barges de bataille, ils sillonnent les océans, sans dieux ni maîtres, sans patrie, libre comme ils ne l'ont jamais été, et toujours avide d'un nouvel ennemi à écraser.
Aujourd'hui c'est la Nékroze.
Pourquoi ? Mais par Arioch ! C'est laid. Horriblement vulgaire et laid. Une insulte faite au Chaos, à la Loi et à la Balance.
Nous offrons beaucoup d'or pour retrouver cet homme, vous n'auriez pas des renseignements à son sujet ?
VÉRITÉ INSTITUTIONNELLE
La Compagnie des Chevaliers-Fantômes n’existe pas. Aucun registre ne conserve ses effectifs parce qu’elle n’a ni caserne, ni capitaine permanent, ni bannière propre. L’Académie nomme pour chaque affaire un ou plusieurs Chevaliers chargés d’une mission Fantôme : retrouver un frère ou une sœur d’armes devenu rebelle, établir les faits et mettre fin à la menace.
NATURE DES MISSIONS
N’importe quel Chevalier d’Azuria peut être choisi. Il arrive même qu’au sein d’une Compagnie, l’un des membres reçoive secrètement l’ordre de surveiller ou de traquer un autre. Le choix repose sur la compétence, la proximité avec la cible et la capacité à agir sans haine.
LA LÉGENDE PUBLIQUE
Le peuple, l’Armée et même nombre de Chevaliers croient à l’existence d’une unité de fanatiques masqués. L’Académie entretient volontairement cette rumeur. Des Chevaliers en mission apparaissent parfois sous des masques effrayants, avec des armes et des signes volontairement reconnaissables, afin que la peur donne un visage à une autorité qui doit rester invisible.
OBJECTIF REEL
Les missions Fantômes ne protègent pas l’obéissance aveugle. Elles empêchent que la liberté exceptionnelle accordée aux Chevaliers se transforme en impunité. Un Chevalier peut choisir l’autorité qu’il sert ; il ne peut trahir son serment au Peuple et espérer que ses pairs détourneront les yeux.
CONSIGNE DE L’ORDRE
Ne jamais confirmer la supercherie. La légende évite davantage de rébellions que les Fantômes n’en répriment. Si une mission devait viser la Lune d’Argent, l’Ordre devra déterminer qui, dans la Compagnie, a reçu le masque avant qu’il ne soit trop tard.
IDENTITÉ VÉRITABLE
Hughes de Luneroc n’est pas l’homme qu’il prétend être. Sous son apparence de prévôt incorruptible se cache le spectre d’un roi humain du Premier Âge, une créature capable de dévorer l’énergie vitale. Il servait autrefois Morgoroth. La raison de sa présence au cœur du duché demeure inconnue.
COUVERTURE
Sa réputation d’homme froid, solitaire et impossible à corrompre lui fournit une excellente armure sociale. Ceux qui le craignent attribuent ses silences à la discipline, sa longévité apparente aux racontars et l’inquiétude qu’il provoque à l’autorité de sa charge. La Duchesse le protège tant qu’il remplit son office avec une efficacité irréprochable. Rien ne prouve qu’elle connaisse sa nature.
QUESTIONS OUVERTES
Cherche-t-il une rédemption ? Se nourrit il en secret ? Attend-il le retour d’un ancien maître ? Ou sert-il désormais Souffledragon parce que l’ordre ducal lui offre la meilleure protection contre des ennemis plus terribles encore ? À ce jour, aucune réponse ne mérite d’être tenue pour certaine.
CONSIGNE DE L’ORDRE
Aucune confrontation avant d’avoir découvert ses vulnérabilités et ses loyautés présentes. Surveiller les disparitions, les vieillissements inexpliqués et les archives relatives aux souverains du Premier Âge. Un ancien serviteur de Morgoroth représente sans doute un péril certain, mais pour qui ?
Il peut devenir le seul témoin "vivant" encore capable de nommer ce qui dort sous Angnaroth.
CONSTAT
La tour de garde occupée par la Lune d’Argent n’est que la partie la plus récente d’Angnaroth. Ses fondations reposent sur les ruines d’une forteresse érigée des millénaires plus tôt par les forces de Morgoroth. Les maçonneries les plus profondes n’obéissent ni aux techniques humaines, ni aux proportions nécessaires à une simple place forte.
LES PROFONDEURS
Des galeries murées, des escaliers interrompus et des salles trop vastes s’enfoncent sous le piton rocheux. Leur étendue réelle demeure inconnue. La tour visible pourrait n’être qu’un poste avancé bâti sur la couronne d’un complexe beaucoup plus ancien, dont les accès principaux ont été ensevelis ou volontairement scellés.
LE CHÊNE TOUJOURS VERT
L’arbre de la cour, une vénérable et magnifique chêne, reste vert au cœur de l’hiver et apaise ceux qui s’abritent sous son feuillage. Je ne puis déterminer s’il protège la tour, retient quelque chose dans les profondeurs ou conserve la mémoire d’une puissance opposée à Morgoroth. Le déraciner serait une faute irréparable.
RISQUES PRÉVISIBLE
Corvin Malebrume cherchera tôt ou tard à ouvrir ce qui fut fermé. Keldrin Kazdarim reconnaîtra probablement l’anomalie des fondations. Le worg de Lúthien paraît sensible à des présences que les hommes ne perçoivent pas. Chaque découverte risque d’éveiller autant la curiosité de la Compagnie que celle des ennemis qui la surveillent.
CONSIGNE DE L’ORDRE
Cartographier avant d’explorer. Ne briser aucun sceau sans témoin. Ne jamais laisser Corvin descendre seul. Tant que la Compagnie demeure affaiblie, les profondeurs doivent rester une menace connue de l’Ordre et un mystère pour la Compagnie.
FAIT ÉTABLI
Le miel produit autour de Château-Soleil n’est pas seulement délicieux. Une consommation régulière semble ralentir le vieillissement et prolonger l’existence. Ses effets délicatement aphrodisiaques sont plus immédiats, donc plus faciles à constater, et...Ô Lumière pardonne moi, beaucoup plus difficiles à...contre-carrer.
ORIGINE INCONNUE
Nul ne sait encore si ses vertus proviennent des abeilles, des fleurs de la vallée, du vieux château en cristal-soleil ou d’une combinaison de ces trois éléments. Les apicultrices - étonnament forts charmantes - gardent leurs pratiques avec une discipline qui ne doit rien au hasard. Le secret pourrait être plus ancien que le village lui-même.
DANGER POLITIQUE
Si la vérité était prouvée, le village cesserait d’être un lieu paisible. Nobles vieillissants, alchimistes, marchands de l’Orbe, cultes, vampires et souverains étrangers se disputeraient les ruches. La promesse de quelques années supplémentaires suffit à transformer les gens raisonnables en prédateurs.
Le Duc veille sur son miel comme à la prunelle de ses yeux. Et sa Duchesse...elle résiste à toute nos investigations.
CONSIGNE DE L’ORDRE
Entretenir publiquement le doute et laisser circuler les récits contradictoires. Surveiller les achats massifs, les disparitions de ruches et les visiteurs dont l’âge ne correspond pas à l’apparence. Protéger les habitants avant le produit : sans eux, Château-Soleil ne serait plus qu’un trésor à piller.