Soumise dix ans durant à l’occupation atlantique, puis ravagée par près de trente années de conflits entre superpuissances, la Terre apparaît aux yeux des observateurs extérieurs comme un bourbier sanglant, ingouvernable et maudit.
Et pourtant.
Jamais la Terre n’a connu une telle période de croissance.
La natalité explose.
Le niveau technologique et industriel suit une courbe exponentielle vertigineuse.
Les plus avertis salivent déjà à la perspective de profits colossaux.
Les plus visionnaires entrevoient la prochaine puissance dominante de la galaxie.
Les plus fous, enfin, continuent de prophétiser la fin des temps.
Née d’une rébellion contre l’Ordre des Anciens Atlantes, la Fédération Galactique s’est construite comme une entité politique ouverte aux cultures, respectueuse des individus et garante des libertés.
Les siècles ont passé.
Si l’esprit fondateur demeure dans les discours, la réalité est devenue celle d’une dictature bureaucratique écrasante, dont le poids n’a plus grand-chose à envier aux tyrannies qu’elle prétend toujours combattre.
Engagée dans une guerre quasi permanente contre l’Empire Atlante, la Fédération poursuit néanmoins son expansion lente et mécanique, absorbant planète après planète, civilisations après civilisations, jusqu’à intégrer de nouvelles espèces sous son égide.
Menacée de s’effondrer sous sa propre masse, la Fédération n’a plus conscience de sa décadence.
Sourde et aveugle aux signes patents de sa fin à venir, elle continue d’avancer, persuadée que sa survie est encore synonyme de progrès.
L’Empire Néo-Atlante émerge de la Grande Scission, vécue comme un traumatisme fondateur par tous les exilés : un échec à la fois personnel, institutionnel, philosophique et religieux.
Cette fracture originelle a suscité un fort esprit de revanche, soudé un peuple autour de son Empereur et façonné chaque aspect de la société impériale.
La Flotte Impériale constitue la colonne vertébrale de l’Empire, instrument de la survie et de l’expansion.
Le clergé divin en est l’ossature morale, chargé de justifier et de sanctifier l’action politique.
Au-dessus de tous règne l’Empereur, figure quasi divine dont le pouvoir est à la fois absolu, visible et concret.
Ses ordres traversent les gouffres de l’espace, guidant ses amiraux vers les ennemis de l’Empire comme autant d’extensions de Sa Volonté.
Tout repose sur cette figure à la fois paternelle, divine et intemporelle.
Et si l’Empereur venait à douter, ce n’est pas seulement son autorité qui vacillerait, mais l’Empire tout entier.